Echinococcose

ECHINOCOCCOSE ALVEOLAIRE

Renards, chiens, chats, campagnols, ..., tous coupables !

C’est un ver minuscule, un petit ténia, qui provoque cette maladie. L’organe le plus fréquemment atteint chez l’homme est le foie. Il s’agit d’une parasitose très grave qui évolue lentement et qui fait penser à un cancer. Ce sont des animaux qui sont impliqués dans la transmission de l’échinococcose alvéolaire. En France, le renard et le campagnol sont montrés du doigt ; mais on oublie le plus souvent de citer les chiens et les chats.



Ténia ecchinoccoque


Comme beaucoup de pathologies qui affectent l’espèce humaine, l’échinococcose alvéolaire est une zoonose, c’est-à-dire une maladie infectieuse des animaux vertébrés transmissible à l’homme. On en connaît un grand nombre qui sont de nature microbienne (peste), virale (grippe, fièvres hémorragiques), ou parasitaire. C’est à cette dernière catégorie qu’appartient l’échinococcose alvéolaire. Il s’agit donc d’une parasitose qui affecte presque exclusivement le foie et qui est provoquée par la forme larvaire d’un cestode : Echinococcus multilocularis.


L’agent pathogène E. multilocularis est à, l’état adulte, un petit ténia de 1, 2 à 3, 7 mm. A l’état larvaire, il se présente sous la forme d’une vésicule qui tend à envahir le foie avec destruction du tissu hépatique. Sa gravité est liée à sa grande latence clinique et à un développement comparable à celui d’un cancer.

L’hôte définitif normal est le renard chez lequel la parasitose intestinale est fugace. Dans les foyers européens d’endémie, de 10 à plus de 50% de ces carnivores sauvages seraient contaminés. Toutefois, le chien et le chat sont également réceptifs. Les hôtes intermédiaires normaux sont les rongeurs champêtres, surtout les campagnols. De très nombreuses espèces ont été trouvées infestées, en particulier en Europe de l’est, mais ce sont les campagnols qui constituent le véritable réservoir du parasite. En France, l’espèce réservoir n’existe que dans certaines régions et, de ce fait, conditionne la répartition géographique de la maladie humaine.

Le cycle des échinocoques peut se résumer ainsi : le minuscule ténia adulte vit dans l’intestin des carnivores (renard, chien, …) où il est fixé et pond plusieurs milliers d’œufs qui sont dispersés dans la nature avec les excréments et souillent les herbes. Ces œufs sont très résistants aux agents climatiques et peuvent survivre pendant plusieurs mois dans la nature. Ils peuvent être transportés par le pelage des animaux ou même par les insectes. Les campagnols, mais aussi l’homme, s’infestent par ingestion de ces œufs qui libèrent dans leur intestin, après dissolution de leur coque, un embryon qui va traverser la paroi du tube digestif de l’hôte, passer dans la circulation sanguine qui le transportera jusqu’au foie où son développement se poursuivra sous la forme d’un kyste.

Toujours localisé initialement au foie de l’hôte intermédiaire, (campagnol, mais aussi l’homme), le kyste infiltre tout l’organe. Chez l’homme, il en résulte un véritable « cancer » parasitaire qu’il est pratiquement impossible d’extirper en totalité.

L’homme se contamine classiquement en consommant des végétaux sauvages (pissenlits par exemple) souillés par des déjections de renards et autres carnivores. La maladie est surtout liée au mode de vie rural et beaucoup de malades ont manipulé directement des renards (chasseurs) ou plus simplement un chien parasité. En France, le quart nord-est du pays est atteint et quelques cas sont signalés dans les Alpes et dans le Massif Central (Sancy, Nord-Cantal...). La maladie demeure assez rare, avec quelques dizaines de nouveaux cas diagnostiqués par an. Les décès sont dus à des formes invasives sévères.

En Auvergne, une quinzaine de patients sont suivis en permanence par les services hospitaliers et en moyenne deux nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Trente à quarante personnes ont été contaminées depuis 1973 dans notre région. Ce sont principalement des habitants de zones rurales, possédant souvent des chiens et résidant à des altitudes de l’ordre de 1000 mètres où les hivers sont froids et prolongés. Les secteurs incriminés sont le Nord-Cantal , le Cézallier, l’Artense, le pourtour du Massif du Sancy et la Chaîne des Puys).

L’aspect macroscopique du foie peut être confondu avec celui d’un cancer. Le tissu hépatique présente, à la coupe, un aspect en « tranche de pain bis » dont les innombrables alvéoles ont donné le nom à la maladie. Les signes révélateurs de la maladie sont essentiellement hépatiques avec douleurs abdominales. Parmi les complications, nous citerons les infections biliaires et les métastases pulmonaires ou cérébrales. Dans tous les cas, la maladie fait penser à un cancer primitif du foie. Le diagnostic est assuré par la sérologie parasitaire qui montre la présence d’anticorps spécifiques Il est confirmé par l’examen anatomo pathologique.

Les traitements actuels, faisant appel à des dérivés imidazolés (mébendazole, albendazole, …), permettent de ralentir notablement l’évolution de la maladie. En particulier, l’albendazole donne des résultats encourageants. Il est possible de retirer une partie du foie mais, dans la plupart des cas, l’acte chirurgical est trop tardif et ne permet pas de retirer la totalité du tissu atteint. Il faut alors avoir recours à la transplantation hépatique qui apparaît comme la dernière chance et contribue à une amélioration considérable.

La prophylaxie consiste à ne pas manipuler de renards ou, si cela s’avère nécessaire, à se protéger avec des gants. La destruction des cadavres de renards (incinération, enfouissement profond) dans les zones à risques s’avère nécessaire. Il ne faut pas manger de fruits sauvages crus (myrtilles, fraises des bois, …) dans l’aire de contamination, de fruits tombés dans les vergers ou de salades sauvages (pissenlits). Il faudrait organiser un dépistage sérologique systématique chez les personnes professionnellement exposées et plus généralement dans les populations rurales des zones concernées. Les chiens errants devraient être impérativement éliminés.

Dans les zones d’endémie, les risques d’infestation sont très élevés et le nombre de personnes atteintes par la parasitose relativement modeste. Certains scientifiques ont émis l’hypothèse selon laquelle la plupart des personnes en contact avec le parasite développeraient une immunité contre ce dernier, sans pour autant présenter les symptômes de l’échinococcose alvéolaire. Cela demande à être confirmé.

Dans l’édition de mars 2003 du Chasseur Français (n° 1273), un court article (p. 20) intitulé « Le renard en procès », il est fait état du fait que « l’échinococcose alvéolaire terrible maladie du foie, transmise par le renard, a contaminé 266 personnes depuis 1982 et tué 14 personne par an de 1982 à 1999, personne n’en parle et on protège encore le renard !». Ces propos sont attribués à Philippe Wartelle, vice-président de l’association de piégeurs agréés du Nord qui a fondé l’association de défense des victimes de cette maladie. Dans son numéro de février 2004 (n°1284), le Chasseur Français revient à nouveau sur le renard avec un article intitulé « ouvrons son procès ». Le moins que l’on puisse dire est que ce procès est équitable, puisque les arguments de l’accusation (Philippe Wartelle) et de la défense (François Moutou, vétérinaire, membre de l’AFSSA) sont largement développés.

Le renard, qui est un des prédateurs du campagnol (le nombre de 6 000 de ces rongeurs détruits par an est avancé) contribue sans doute à la propagation de la maladie humaine, mais il n’est pas le seul. Que dire des chiens qui ne font qu’une bouchée de ces rongeurs, peuvent rejeter des larves dans leurs excréments et en transporter accrochées à leurs poils. L’ennemi est bien le réservoir du parasite, le campagnol, qui porte atteinte aux cultures et aux prairies et dont certaines pratiques en agriculture ont favorisé la prolifération. Ce dernier point est d’ailleurs souligné dans l’article du Chasseur Français.

Il n’est d’ailleurs pas prouvé que l’éradication du renard ferait disparaître ou même diminuer la fréquence de la maladie humaine. Quant au campagnol dont la population ne serait plus régulée, il pourrait alors proliférer davantage et étendre l’aire de propagation de l’échinococcose, sauf si d’autres mammifères carnivores venaient à occuper la niche écologique du Goupil et propager à leur tour la maladie humaine. Après la Saint Barthélemy du renard, il faudrait organiser celle de la belette, du putois et autres carnivores sauvages, et surtout interdire drastiquement la divagation des chiens et des chats domestiques. Allons, gardons raison !
Dernière mise à jour de cette rubrique le 04/06/2008
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